| Mai 2008 | ||||||||||
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Sous l’épaisse couche de neige, l’eurasienne s’imaginait à quel point l’herbe devait être verdoyante l’été et esquissa un léger sourire en oubliant un instant l’altercation qu’elle avait eu avec Mikhaïl.
Le véhicule sortit de la ville et s’engagea sur un petit chemin dégagé de son immense grille en fer forgé. Sur le bord, trônaient des tilleuls recouverts d’un délicat manteau blanc. Arrivée devant une grande bâtisse, la voiture s’arrêta.
- Je ne savais pas que ton père était aussi riche, déclara la jeune femme sur un ton taquin.
- Cette maison n’est pas à mon père, elle appartient à Mikhaïl !
Minami se tût. Décidément ce "Mikhaïl" semblait être l’homme idéal et pourtant… quelque chose en lui ne lui plaisait pas.
Le moteur s’arrêta. Le fiancé de Tanya descendit sans un mot et ouvrit la portière aux deux amies. Il prit la main de sa future femme et s’avança vers l’entrée. La porte en bois massif s’ouvrit et un jeune homme, d’une vingtaine d’années, accourut vers eux. Il ouvrit le coffre et sortit les deux grosses valises. Minami était restée à l’extérieur admirant l’architecture de la maison et c’est le claquement du coffre qui la fit se tourner. Le jeune homme était assez grand, environ 1,80m, habillé d’un simple jean et d’un pull rouge. Ses cheveux blonds en bataille faisaient ressortir son teint mât et ses yeux bleus.
- Attendez, fit-elle, je vais vous aider !
Et sans attendre qu’il puisse réagir, la jeune femme avait déjà attrapé une de ses valises.
- Je m’appelle Minami.
- Boris, enchanté.
L’eurasienne lui souria et tous deux montèrent les escaliers. Une fois la porte passée, elle découvrit un grand hall magnifiquement décoré. Elle se trouva face à face avec un escalier en marbre qui montait vers les étages supérieurs. Des peintures aux paysages enchanteurs parsemaient les murs et un fauteuil en velours rouge attendait patiemment une quelconque personne voulant se reposer à chaque coin de l’entrée. Et pour finir, un lustre en cristal se suspendait au plafond.
- Minami ?! Mais qu’est-ce que tu fais ?
L’interpellée se tourna vers son amie le regard brillant.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- La valise, qu’est-ce que tu fais avec ?
- Oh, ça… dit-elle en regardant sa main droite, je la porte.
- N’importe quoi… Donne ça à Boris, il va les monter dans ta chambre !
- Mais…
Et sans attendre une réponse, la jeune femme russe prit la valise des mains de son amie et la donna au jeune homme.
- Monte-les dans sa chambre, lui dit-elle
- Bien mademoiselle.
Une fois disparut, Tanya entraîna Minami vers la porte de gauche. Les deux femmes pénétrèrent dans une grande pièce remplie de livres. Ils étaient rangés en ordre dans plusieurs bibliothèques.
C’était bien la première fois que l’eurasienne en voyait une aussi grande. Elle s’approcha d’une étagère et sortit un livre au hasard "Les Trois Mousquetaires" et le feuilleta et fut surprise de voir qu’il était en français.
- Je ne pensais pas trouver un livre en français ici…
- Tu sais, il y a aussi des livres en anglais, en japonais, en chinois… et même en braille ! Mikhaïl adore les livres !
- Et… il parle toutes ces langues … ?
- Je ne sais pas mais ce qui est sûr c’est qu’il parle couramment l’anglais, le français et le russe, sa langue maternelle.
- Je ne le pensais pas si cultivé… se dit tout bas Minami.
- On continue la visite ? demanda Tanya avec son sourire charmeur.
- Je m’attends à tout après ça…
La jeune femme russe entraîna son amie en dehors de la pièce. Elles se retrouvèrent de nouveau dans le hall.
- Attends-toi à avoir un choc !
Minami fit une petite moue s’attendant au pire. La jeune femme blonde poussa la double porte située en face de l’entrée et l’eurasienne put découvrir une immense salle de bal. Quatre lustres en cristal se balançaient au dessus d’un magnifique parquet en bois. Plusieurs tableaux représentant diverses scènes de chasse ornaient les murs et un chandelier trônait sur les quelques tables basses situées contre le mur de droite.
Minami leva machinalement la tête pour admirer les lustres et remarqua que le plafond était peint : Une grande fresque représentant une famille au complet ; un homme et une femme se tenaient en arrière plan, trois filles étaient devant eux et tout devant, assis sur le sol, un garçon et une fille. Tous souriaient et semblaient heureux.
- C’est la famille Romanov, dit Tanya.
- Romanov… Mais ce n’est pas la famille qui a été assassinée par les Bolcheviques en 1918 ?
- Oui, celle-là même ! Tu me surprendras toujours Minami. Je ne pensais pas que tu en connaissais autant…
- Comme tout le monde, je pense… De plus, il y a eu tellement d’histoire autour de la plus jeune des filles, Anastasia… Au fait, pourquoi une telle fresque ?
Tanya s’approcha de son amie et lui chuchota tout bas…
- Il paraîtrait que cette demeure a abrité le fils cadet. Mais, reprit-elle, ce ne sont que des rumeurs…
Minami soupira. Rumeurs ou pas, elle trouvait déplacé d’avoir peint une telle peinture au plafond. D’autant que le chef de famille avait été le Tsar Nikolaï II.
La visite se poursuivit à l’extérieur de la demeure où se trouvait un jardin extraordinairement grand. Diverses allées faisaient le tour du propriétaire dont l’une d’elle conduisait à un étang. A cette période de l’année, l’eau était gelée et les petites barques cachées sous un abris à bois.
- J’aurai voulu faire du patin à glace mais Mikhaïl me l’a interdit…
- Et c’est tout à son honneur ! Contrairement à une patinoire, cette glace est naturelle et non artificielle.
La jeune femme russe regarda son amie avec une petite moue mais Minami faisant une grimace, elle ne put s’empêcher d’exploser de rire.
- Au fait, comment va ton père ?
- Pas très bien… mais Mikhaïl va faire venir un très bon médecin de Moscou !
- … Comment s’est arrivé pour ton père ? demanda brusquement l’eurasienne. Et Mikhaïl ?
- Tu ne serais pas légèrement curieuse par hasard… ?
- Tu me connais pourtant… lui dit-elle en tirant la langue.
- Justement, rétorqua Tanya
- Sérieusement, qu’est-ce qui lui ait arrivé ?
- Je ne sais pas, lui-même l’ignore… Il est tombé malade du jour au lendemain. Lorsque le médecin l’a vu, il a dit que c’était un virus qui traînait. Il lui a fait faire un tas d’examens mais ça n’a pas donné grand chose…
- Bizarre… Et ton futur mari, quel est son rôle là-dedans ?
Tanya s’approcha de Minami perplexe.
- Comment ça ?!
- Et bien… tu m’as écrit qu’il travaillait avec ton père, non ? Qu’est-ce qu’il fait ? comment l’a-t-il connu ? Comment t’a-t-il rencontrée ?
- Je n’aime pas la tête que tu fais…
La concernée se tourna vers son interlocutrice.
- Quelle tête… ?
- Celle-là ! Je sais bien que tu n’aimes pas Mikhaïl. D’ailleurs, je voudrais savoir pourquoi… !
- Mais non, tu te trompes Tanya, ce n’est pas que je ne l’aime pas mais… je le trouve un peu…
Une sonnerie retentit. Les deux jeunes femmes s’échangèrent un bref regard et dès la deuxième sonnerie, la femme russe mit une main dans sa poche de manteau et en sortit un téléphone portable.
- Je ne pensais pas la Russie si High Tech, dit l’eurasienne d’un air moqueur.
Son amie ne répondit pas à cette remarque.
- Allo ? Oui… ? Comment ? Mais, c’est impossible ! Non, je… Quoi ?! J’arrive !
La jeune femme raccrocha le téléphone complètement paniquée.
- Tanya ? Mais qu’est-ce qu’il se passe ?
- C’est mon père ! Il…
Sans en rajouter davantage, elle courut vers la demeure, Minami derrière elle.
Lorsqu’elles arrivèrent, la jeune femme russe monta les escaliers quatre par quatre alors que son amie s’arrêta à hauteur de Boris. Ce dernier était sortit pour scruter l’arrivée des deux jeunes femmes.
- Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce qu’il est… ? demanda l’eurasienne.
- Sa température a chuté et il a craché du sang. J’ai appelé Madame de suite…
- Bonne initiative ! Dis-moi, tu es là depuis longtemps ?
- Environ cinq ans. C’est le père de Mikhaïl qui m’a recueilli.
Devant le regard intrigué de la jeune femme, le jeune homme rajouta.
- Je le connais depuis mon enfance et nous avons grandi ensemble. Lorsque mes parents sont morts, son père m’a pris sous son aile. Mais, je n’aime pas avoir de dettes alors je travaille pour lui. Enfin, pour Mikhaïl, vu que son père est décédé l’année dernière.
- Oh… je suppose que ça a dû être dur pour lui et… pour vous…
- Et bien, je ne veux pas faire la mauvaise langue car Mikhaïl est quelqu’un de généreux mais, entre lui et son père… c’était un peu la guerre…
- Où est Tanya ?
Minami se tourna vers la voix rauque et vit le futur époux de son amie les joues roussies par le froid.
- Elle… elle est entrée.
Sans dire un mot, l’homme passa devant les deux personnes présentes et pénétra à l’intérieur. Il n’accorda aucun regard à Boris, ni à Minami d’ailleurs…
- Ce n’est pas l’amabilité qui l’étouffe, murmura-t-elle lorsqu’il disparut.
- Il ne faut pas lui en vouloir, il est comme ça.
L’eurasienne ne répondit pas. Cela ne servait à rien de se lancer dans une discussion qui n’en finirait pas.
- Au fait, vous voulez peut-être savoir où se trouve votre chambre ?
- C’est une excellente idée ça !
Boris la fit entrer au chaud et lui fit signe de le suivre. Ils montèrent les escaliers et prirent le couloir de droite jusqu’au fond.
- Voilà votre chambre !
- Merci beaucoup Boris, dit-elle en lui donnant une bise sur la joue.
Ce dernier esquissa un léger sourire.
- Je suis désolé mais je dois vous laisser. Je dirai à Madame que vous êtes dans votre chambre.
Minami le salua et dès qu’il eut fermé la porte, elle se laissa tomber sur son lit, au milieu de ses bagages, et laissa vagabonder son esprit…