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"Bonjour Mesdames et Messieurs, ici le Commandant Nicolas Duval qui vous souhaite la bienvenue à bord du vol AF2144 OP d’Air France. Nous décollerons de Roissy Charles De Gaulle à 16h30 et arriverons à Moscou Sheremetyevo vers 22h25, heure locale. Je vous souhaite un agréable voyage."
"Good afternoon Ladies and Gentlemen, here the Commander Nicolas Duval who whishes you the welcome on board flight AF2144 OP of Air France. We will take off of Roissy Charles De Gaulle to 4.30 pm and will arrive at Moscow Sheremetyevo towards 10.25 pm, standard time. I wish you a verypleasant travel."
Dès que le Commandant eut fini sa phrase, les hôtesses et les stewards se dirigèrent à l'avant, au milieu et à l'arrière de l'appareil.
"Pour votre sécurité, nous vous demandons de ne pas fumer dans les toilettes et nous vous prions d'attacher vos ceintures pour le décollage. Au cas ou l'éventualité se présenterait, des gilets de sauvetage sont mis à votre disposition sous vos sièges…"
Pendant que l'équipage montrait aux passagers les conseils de sécurité, une jeune femme d'une vingtaine d'année, sortit de son petit sac, une lettre.
Добрый день (Dobryj den') Minami
Comment vas-tu ? Moi je vais très bien ! Normal puisque j'ai une grande nouvelle à t'annoncer… Tu te rappelles de Mikhaïl ? Tu sais, c'est le fils d'un très grand ami de mon père… Je t'avais dit dans ma dernière lettre que l'on s'entendait très bien tous les deux… Si bien que nous sommes sortis ensemble… Et bien, il m'a demandé en mariage ! Tu te rends compte ?! Je suis trop contente ! Je n'aurais jamais pensé que je trouverai quelqu'un qui veuille bien de moi, surtout en Russie… Tu imagines, j'ai dû retourner dans mon pays pour trouver l'homme de ma vie… Mais ne t'inquiètes pas Minami, toi aussi tu le trouveras l'homme de ta vie.
Pour reprendre mon histoire… Désolée mais c'est pour ça que je t'écris… A l'heure actuelle, la date du mariage n'est pas encore fixée mais ça ne saurait tarder.
Je t'envoie un billet aller-retour pour Moscou en espérant que tu pourras te libérer pour venir… Ça fait tellement longtemps que l'on ne s'est pas vue…
Ne t’en fais pas pour le prix des billets, c'est Mikhaïl qui a absolument tenu à te les payer ! Je lui ai tellement parlé de toi qu'il veut faire ta connaissance. Ah, j'oubliais, j'espère que tu ne m'en veux pas mais je lui ai dit que tu étais détective à tes heures perdues… Et ne me dis pas le contraire ! C'est quand même grâce à toi que nous avons retrouvé le voleur des beignets de la Cafétéria… Bon, c'est vrai, c'était un chaton qui s'était introduit dans la Fac, mais sans toi, on serait encore en train de chercher, j'en suis sûre !
J’oubliais, habitant environ à 400 Km au Nord de Moscou, à Bielozersk, à ton arrivée, il te faudra prendre le train pour Tcherepovets où nous viendrons te chercher (tu as aussi le billet…).
Je vais te laisser en espérant vraiment que tu viennes. Ça me ferait tellement plaisir !
Gros bisous à ma meilleure amie française
Tanya
PS : J'espère que ton examen s'est bien passé et que tes recherches avancent. On en reparlera.
"Mesdames et Messieurs, nous vous remercions d'avoir volé avec Air France. Nous espérons vous
revoir bientôt sur cette Compagnie. Bon séjour."
"Ladies and Gentlemen, we thank you to have flown with Air France. We hope see you again in our
airline. Good stay."
Après un peu moins de 4h de vol, l'avion atterrit à Moscou. Tous les passagers se dirigèrent avec hâte vers la
source de chaleur la plus proche : l’aéroport.
Une fois ses bagages récupérés, Minami se dirigea vers l’accueil pour demander où était la gare lorsqu’elle aperçut un
jeune homme avec une pancarte "Mlle Rukawa".
- Tiens, pensa-t-elle, Tanya m’avait pourtant bien précisé qu’on ne pourrait pas venir me chercher… Peut-être a-t-elle finalement trouvé
quelqu’un…
Elle se dirigea vers lui.
- Je suis Mlle Rukawa… Minami Rukawa !
- Enchanté Mademoiselle, lui dit-il en baissant légèrement sa tête en avant. Suivez-moi, je vais vous conduire auprès de mon patron.
- … Excusez-moi mais… Qui est votre "patron" ?
balbutia-t-elle.
- Ne vous inquiéter pas Mademoiselle, vous allez bientôt le rencontrer.
Minami n’était pas du genre à paniquer pour rien mais cet homme lui fit froid dans le dos !
- Je ne pense pas que ce soit mon amie qui vous aie envoyé et je ne saurai dire comment vous me connaissez mais je ne vous suivrai pas !
- En êtes-vous si sûre ? ricana-t-il.
A peine eut-elle le temps de dire "ouf" qu’un homme s’était glissé derrière elle revolver en main.
- Attention à ce que vous dîtes MADEMOISELLE, sinon vous risqueriez d’avoir une très mauvaise surprise…
Ne pouvant faire autrement, elle se laissa faire. Les deux hommes l’emmenèrent en dehors de l’aéroport vers une grande limousine noire. L’homme qui se tenait devant elle ouvrit la porte quant au
second, il la poussa violemment sur le siège arrière.
- J’espère que votre voyage s’est bien passé Mlle Rukawa ?
La personne qui venait de dire cette phrase était un homme d’âge mûr, environ la cinquantaine. Son visage fatigué, dont les traits étaient tirés, mettait en valeur ses petits yeux
bleus. Son costume noir et sa cravate assortie laissaient penser que c’était un homme d’affaires.
Minami découvrit son interlocuteur tout en se relevant petit à petit.
- Qui êtes-vous ? Comment me connaissez-vous ? Qu’est-ce que vous me voulez ?
- Calmez-vous ma chère enfant, je ne vous veux aucun mal !
- Ce n’est pourtant pas l’impression que j’ai eue…
- Oh… Je suis vraiment navré de constater que mes "associés" ne vous aient pas accueillie avec tous les égards dus.
- Je me fiche de ce que vous pensez ! Et je me fiche de vos excuses ! Tout ce que je veux savoir c’est ce que je fais ici !!!
- Voyons Minami… Ça ne sert à rien de s’énerver pour si peu, n’est-ce pas ?
- Arrêtez tout de suite vos familiarités avec moi ! Je ne vous connais pas et…
- … Moi non plus… ? Désolé de vous contredire Mlle Rukawa mais moi je
vous connais. Vous êtes la fille d’une grande couturière au Japon, Aiko… Rukawa… san… Je ne me trompe pas… ?
La jeune femme en resta bouche-bée.
- Cela prouve-t-il que j’ai raison ? Je pense que oui…
- Comment… Comment
connaissez-vous ma mère ?
- Disons que j’ai mes sources ma chère demoiselle… Mais revenons-en au fait ! Si je vous ai si gracieusement invitée…
-
Gracieusement… Vous ne trouvez pas que ce mot est déplacé ?
- Bien au contraire ! dit l’homme avec un grand sourire que tout le monde aurait dit "hypocrite".
- Si vous le dîtes, soupira Minami pas vraiment convaincue par son interlocuteur.
- Revenons à nous, reprit l’homme qui ne s’était toujours pas présenté, nous savons que vous devez aller rendre visite à votre amie, Tanya Nikovitch.
- Qui ça, nous ?
- Ça n’a aucune importance et mieux vaut pour vous que vous ne le sachiez pas ! Tout ce que je peux dire c’est que votre amie est en danger, pas de mort, enfin, pour
l'instant…
- Pourquoi devrais-je vous croire ? Vu comment vous m’avez "invitée"… J’ai de quoi me poser des
questions !
- Il est vrai que je ne peux vous prouver ma bonne foi mais je suis sûr qu’au fond de votre cœur vous avez envie de croire en moi.
Un grand silence s’installa. Minami ne comprenait pas vraiment de quoi lui parlait cet homme. Pourquoi l’avoir choisit elle ? Pourquoi ne pas avoir été directement le dire à
la concernée ? Pourquoi… ?
Tant de questions se bousculèrent dans sa tête. Sans le savoir, son cœur commença à battre la chamade. Ses magnifiques yeux verts, seul héritage de son père, dévisagèrent l’homme
en face d’elle. Sa main droite commença doucement à bouger nerveusement.
- Mais que m’arrive-t-il ? pensa-t-elle. Pourquoi suis-je nerveuse…
Son interlocuteur lui attrapa gentiment la main.
- Ne t’inquiètes pas, tout se passera bien si tu me fais confiance…
Un sifflement se fit entendre. Minami se réveilla en sursaut.
- Mais… Où suis-je ?! se demanda-t-elle.
- Prochain arrêt : Tcherepovets. Je répète, prochain arrêt : Tcherepovets.
- Tcherepovets… Mais, je suis dans le train ?! Comment ai-je atterri ici… ? La dernière chose dont je me rappelle c’est… "Votre amie est en danger"… C’est n’importe
quoi ! Si Tanya était en danger, je pense que je le saurais… Ça ne devait être qu’un mauvais rêve. Je me suis tellement angoissée pour ce voyage que je vois le mal partout… Il Va falloir
que j’arrête les romans policiers moi…
Le train s’arrêta. La jeune femme prit ses bagages et descendit du train. Malgré le soleil éclatant, un froid glacial y régnait en maître.
- J’espère que je n’aurais pas à attendre très longtemps car si je reste trop ici, je vais de mourir de froid…
A peine fut-elle sortie de la gare qu’une voix se fit entendre.
- Minamiiiiiiiiii !!!
Une jeune femme se précipita vers elle en courant. Elle était de taille moyenne, dans les 1,70m. Son long et fin visage, son petit nez et
ses yeux clairs lui donnaient un air angélique. Ses cheveux blonds étaient remontés en queue de cheval et deux bouclettes lui retombaient devant ses oreilles.
- Tanya…
Emue, elle lâcha ses bagages et se dirigea, elle aussi en courant, vers son amie qu’elle n’avait
pas vu depuis un moment.
Les deux jeunes femmes se serrèrent dans les bras et des larmes de joie coulèrent sur leur joue.
- Je suis tellement heureuse que tu sois venue !
- Je n'avais rien de prévu pour les fêtes de fin d'année alors je me suis dit "Tiens, et si j'allais rendre une petite visite à
Tanya…"
La concernée explosa de rire.
- Tu n'as pas changé Minami.
- Toi par contre…
Minami regarda son amie des pieds à la tête.
- C'est Mikhaïl qui m'a offert tout ce que tu vois sur moi, dit Tanya en souriant.
- Et bien, on peut dire qu'il t'a dans la peau. Au fait, où est-il ?
- Il est partit faire une petite course. Il ne devrait pas tarder.
- J'espère car je commence à me transformer en glaçon…
Son interlocutrice lui sourit.
- Dis-moi Minami, où en es-tu dans tes recherches ?
- Pas grand-chose tu sais… Ma mère refuse toujours de m'en parler et je ne sais toujours pas pourquoi…
- Allez, courage Minami ! Je suis sûre que tu le retrouveras !
- Merci Tanya, c'est gentil.
La jeune femme sentit monter des larmes mais les refoula avant qu'elles ne sortent.
- Désolé du retard chérie !
Un homme arriva et embrassa Tanya sur la joue. Il semblait mesurer dans les 1,80m et portait un costume noir. Il avait des cheveux noirs plaqués en arrière et de petits yeux marron
qui regardèrent Minami d'une façon étrange…
- Je me présente, Mikhaïl Savriski !
- Enchantée, je me nomme…
- Minami, oui je sais, Tanya m'a si souvent parlé de vous…
La jeune femme regarda d'un air étonné son amie russe.
- Euh… Hum… Et si nous y allions ? demanda Tanya.
- C'est une excellente idée mon ange. Où sont vos bagages Minami ?
Elle se retourna et se rendit compte qu'elle les avait laissés derrière elle, dans la neige… Le fiancé de son amie alla les chercher et les plaça dans le coffre de sa voiture. Il
l'invita à prendre place à l'arrière et dès que tout le monde fut installé, Mikhaïl démarra la voiture.
- Allez, en route ! lança-t-il.
La jeune femme regarda par la fenêtre le paysage blanc de la ville. Tcherepovets, grand centre industriel de Russie avec ses 310000 habitants, semblait endormi. Le peu de gens qui
traînaient dans les rues paraissaient errer sans but précis.
Minami ferma les yeux…
***
- Mère, j'ai trouvé cela dans le grenier !
Tout en prononçant sa phrase, la jeune fille de 18 ans posa violemment un tas de lettres sur la table du salon.
- Ses lettres ne te concernent pas !
- Si, au contraire, ce sont les lettres de mon Père !
A ce mot, la mère de la jeune fille lui donna une violente gifle sur la joue.
- Ne prononce plus jamais ce mot en ma présence ! Est-ce bien clair Minami ?
Sans comprendre la réaction de sa mère, Minami secoua la tête positivement et se dirigea dans sa chambre où elle s'enferma à double tour. Des larmes coulèrent doucement sur les
joues de l'adolescente et elle se blottit dans ses draps pour pleurer.
***
La voiture s'arrêta brusquement, ce qui sortit Minami de sa rêverie.
- Que se passe-t-il ? Nous sommes arrivés ?
- Non, répondit son amie, loin de là…
Devant la voiture se trouvait un homme assez âgé, les cheveux grisonnants, une barbe de cinq jours et habillé d'un vieux manteau troué…
- Il doit être saoul, chuchota Mikhaïl de peur que l'homme l'entende.
- Il n'a pas l'air de vouloir bouger, renchérit Tanya.
Son fiancé ouvrit la fenêtre et lui demanda gentiment de quitter la route pour qu'il puisse continuer son chemin avec ses amies. Le vieil homme ne bougea pas, regardant Tanya
fixement.
- Pourquoi me regarde-t-il comme ça…? Qu'est-ce que je lui ai fait…?
- Tu es revenue ?!... cria l'ivrogne. Tu veux le pouvoir ?!... C'est ça hein ?!...
La concernée le regarda éberluée.
- Mais qu'est-ce qu'il raconte…? Je ne le connais pas moi !
- "Votre amie est en danger…", murmura inaudiblement Minami.
- Qu'est-ce que tu racontes ? demanda Tanya.
- Euh… Non… Rien… Bon, et si on faisait demi-tour ?
- Il n'en est pas question !
Mikhaïl sortit de la voiture en claquant la porte et échangea quelques mots avec le vieil homme. Au bout de quelques secondes, le jeune homme l'attrapa par le bras et l'emmena sur
le trottoir. Il revint dans la voiture et reprit tranquillement la route en direction de Bielozersk.
- Dis-moi mon cœur, que lui as-tu dit ?
- Rien de spécial, j'ai joué son jeu, voilà tout.
- Quel jeu…? demanda la jeune femme placée à l'arrière du véhicule.
- Lorsque vous le reverrez, vous lui demanderez !
Cette phrase jeta un froid et tout le monde se tut. Au bout de trente minutes d'errance dans les rues, la voiture sortit enfin de Tcherepovets. L'arrivée à Bielozersk se fit sans
encombre mais surtout, en silence…
Sous l’épaisse couche de neige, l’eurasienne s’imaginait à quel point l’herbe devait être verdoyante l’été et esquissa un léger sourire en oubliant un instant l’altercation qu’elle avait eu avec Mikhaïl.
Le véhicule sortit de la ville et s’engagea sur un petit chemin dégagé de son immense grille en fer forgé. Sur le bord, trônaient des tilleuls recouverts d’un délicat manteau blanc. Arrivée devant une grande bâtisse, la voiture s’arrêta.
- Je ne savais pas que ton père était aussi riche, déclara la jeune femme sur un ton taquin.
- Cette maison n’est pas à mon père, elle appartient à Mikhaïl !
Minami se tût. Décidément ce "Mikhaïl" semblait être l’homme idéal et pourtant… quelque chose en lui ne lui plaisait pas.
Le moteur s’arrêta. Le fiancé de Tanya descendit sans un mot et ouvrit la portière aux deux amies. Il prit la main de sa future femme et s’avança vers l’entrée. La porte en bois massif s’ouvrit et un jeune homme, d’une vingtaine d’années, accourut vers eux. Il ouvrit le coffre et sortit les deux grosses valises. Minami était restée à l’extérieur admirant l’architecture de la maison et c’est le claquement du coffre qui la fit se tourner. Le jeune homme était assez grand, environ 1,80m, habillé d’un simple jean et d’un pull rouge. Ses cheveux blonds en bataille faisaient ressortir son teint mât et ses yeux bleus.
- Attendez, fit-elle, je vais vous aider !
Et sans attendre qu’il puisse réagir, la jeune femme avait déjà attrapé une de ses valises.
- Je m’appelle Minami.
- Boris, enchanté.
L’eurasienne lui souria et tous deux montèrent les escaliers. Une fois la porte passée, elle découvrit un grand hall magnifiquement décoré. Elle se trouva face à face avec un escalier en marbre qui montait vers les étages supérieurs. Des peintures aux paysages enchanteurs parsemaient les murs et un fauteuil en velours rouge attendait patiemment une quelconque personne voulant se reposer à chaque coin de l’entrée. Et pour finir, un lustre en cristal se suspendait au plafond.
- Minami ?! Mais qu’est-ce que tu fais ?
L’interpellée se tourna vers son amie le regard brillant.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- La valise, qu’est-ce que tu fais avec ?
- Oh, ça… dit-elle en regardant sa main droite, je la porte.
- N’importe quoi… Donne ça à Boris, il va les monter dans ta chambre !
- Mais…
Et sans attendre une réponse, la jeune femme russe prit la valise des mains de son amie et la donna au jeune homme.
- Monte-les dans sa chambre, lui dit-elle
- Bien mademoiselle.
Une fois disparut, Tanya entraîna Minami vers la porte de gauche. Les deux femmes pénétrèrent dans une grande pièce remplie de livres. Ils étaient rangés en ordre dans plusieurs bibliothèques.
C’était bien la première fois que l’eurasienne en voyait une aussi grande. Elle s’approcha d’une étagère et sortit un livre au hasard "Les Trois Mousquetaires" et le feuilleta et fut surprise de voir qu’il était en français.
- Je ne pensais pas trouver un livre en français ici…
- Tu sais, il y a aussi des livres en anglais, en japonais, en chinois… et même en braille ! Mikhaïl adore les livres !
- Et… il parle toutes ces langues … ?
- Je ne sais pas mais ce qui est sûr c’est qu’il parle couramment l’anglais, le français et le russe, sa langue maternelle.
- Je ne le pensais pas si cultivé… se dit tout bas Minami.
- On continue la visite ? demanda Tanya avec son sourire charmeur.
- Je m’attends à tout après ça…
La jeune femme russe entraîna son amie en dehors de la pièce. Elles se retrouvèrent de nouveau dans le hall.
- Attends-toi à avoir un choc !
Minami fit une petite moue s’attendant au pire. La jeune femme blonde poussa la double porte située en face de l’entrée et l’eurasienne put découvrir une immense salle de bal. Quatre lustres en cristal se balançaient au dessus d’un magnifique parquet en bois. Plusieurs tableaux représentant diverses scènes de chasse ornaient les murs et un chandelier trônait sur les quelques tables basses situées contre le mur de droite.
Minami leva machinalement la tête pour admirer les lustres et remarqua que le plafond était peint : Une grande fresque représentant une famille au complet ; un homme et une femme se tenaient en arrière plan, trois filles étaient devant eux et tout devant, assis sur le sol, un garçon et une fille. Tous souriaient et semblaient heureux.
- C’est la famille Romanov, dit Tanya.
- Romanov… Mais ce n’est pas la famille qui a été assassinée par les Bolcheviques en 1918 ?
- Oui, celle-là même ! Tu me surprendras toujours Minami. Je ne pensais pas que tu en connaissais autant…
- Comme tout le monde, je pense… De plus, il y a eu tellement d’histoire autour de la plus jeune des filles, Anastasia… Au fait, pourquoi une telle fresque ?
Tanya s’approcha de son amie et lui chuchota tout bas…
- Il paraîtrait que cette demeure a abrité le fils cadet. Mais, reprit-elle, ce ne sont que des rumeurs…
Minami soupira. Rumeurs ou pas, elle trouvait déplacé d’avoir peint une telle peinture au plafond. D’autant que le chef de famille avait été le Tsar Nikolaï II.
La visite se poursuivit à l’extérieur de la demeure où se trouvait un jardin extraordinairement grand. Diverses allées faisaient le tour du propriétaire dont l’une d’elle conduisait à un étang. A cette période de l’année, l’eau était gelée et les petites barques cachées sous un abris à bois.
- J’aurai voulu faire du patin à glace mais Mikhaïl me l’a interdit…
- Et c’est tout à son honneur ! Contrairement à une patinoire, cette glace est naturelle et non artificielle.
La jeune femme russe regarda son amie avec une petite moue mais Minami faisant une grimace, elle ne put s’empêcher d’exploser de rire.
- Au fait, comment va ton père ?
- Pas très bien… mais Mikhaïl va faire venir un très bon médecin de Moscou !
- … Comment s’est arrivé pour ton père ? demanda brusquement l’eurasienne. Et Mikhaïl ?
- Tu ne serais pas légèrement curieuse par hasard… ?
- Tu me connais pourtant… lui dit-elle en tirant la langue.
- Justement, rétorqua Tanya
- Sérieusement, qu’est-ce qui lui ait arrivé ?
- Je ne sais pas, lui-même l’ignore… Il est tombé malade du jour au lendemain. Lorsque le médecin l’a vu, il a dit que c’était un virus qui traînait. Il lui a fait faire un tas d’examens mais ça n’a pas donné grand chose…
- Bizarre… Et ton futur mari, quel est son rôle là-dedans ?
Tanya s’approcha de Minami perplexe.
- Comment ça ?!
- Et bien… tu m’as écrit qu’il travaillait avec ton père, non ? Qu’est-ce qu’il fait ? comment l’a-t-il connu ? Comment t’a-t-il rencontrée ?
- Je n’aime pas la tête que tu fais…
La concernée se tourna vers son interlocutrice.
- Quelle tête… ?
- Celle-là ! Je sais bien que tu n’aimes pas Mikhaïl. D’ailleurs, je voudrais savoir pourquoi… !
- Mais non, tu te trompes Tanya, ce n’est pas que je ne l’aime pas mais… je le trouve un peu…
Une sonnerie retentit. Les deux jeunes femmes s’échangèrent un bref regard et dès la deuxième sonnerie, la femme russe mit une main dans sa poche de manteau et en sortit un téléphone portable.
- Je ne pensais pas la Russie si High Tech, dit l’eurasienne d’un air moqueur.
Son amie ne répondit pas à cette remarque.
- Allo ? Oui… ? Comment ? Mais, c’est impossible ! Non, je… Quoi ?! J’arrive !
La jeune femme raccrocha le téléphone complètement paniquée.
- Tanya ? Mais qu’est-ce qu’il se passe ?
- C’est mon père ! Il…
Sans en rajouter davantage, elle courut vers la demeure, Minami derrière elle.
Lorsqu’elles arrivèrent, la jeune femme russe monta les escaliers quatre par quatre alors que son amie s’arrêta à hauteur de Boris. Ce dernier était sortit pour scruter l’arrivée des deux jeunes femmes.
- Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce qu’il est… ? demanda l’eurasienne.
- Sa température a chuté et il a craché du sang. J’ai appelé Madame de suite…
- Bonne initiative ! Dis-moi, tu es là depuis longtemps ?
- Environ cinq ans. C’est le père de Mikhaïl qui m’a recueilli.
Devant le regard intrigué de la jeune femme, le jeune homme rajouta.
- Je le connais depuis mon enfance et nous avons grandi ensemble. Lorsque mes parents sont morts, son père m’a pris sous son aile. Mais, je n’aime pas avoir de dettes alors je travaille pour lui. Enfin, pour Mikhaïl, vu que son père est décédé l’année dernière.
- Oh… je suppose que ça a dû être dur pour lui et… pour vous…
- Et bien, je ne veux pas faire la mauvaise langue car Mikhaïl est quelqu’un de généreux mais, entre lui et son père… c’était un peu la guerre…
- Où est Tanya ?
Minami se tourna vers la voix rauque et vit le futur époux de son amie les joues roussies par le froid.
- Elle… elle est entrée.
Sans dire un mot, l’homme passa devant les deux personnes présentes et pénétra à l’intérieur. Il n’accorda aucun regard à Boris, ni à Minami d’ailleurs…
- Ce n’est pas l’amabilité qui l’étouffe, murmura-t-elle lorsqu’il disparut.
- Il ne faut pas lui en vouloir, il est comme ça.
L’eurasienne ne répondit pas. Cela ne servait à rien de se lancer dans une discussion qui n’en finirait pas.
- Au fait, vous voulez peut-être savoir où se trouve votre chambre ?
- C’est une excellente idée ça !
Boris la fit entrer au chaud et lui fit signe de le suivre. Ils montèrent les escaliers et prirent le couloir de droite jusqu’au fond.
- Voilà votre chambre !
- Merci beaucoup Boris, dit-elle en lui donnant une bise sur la joue.
Ce dernier esquissa un léger sourire.
- Je suis désolé mais je dois vous laisser. Je dirai à Madame que vous êtes dans votre chambre.
Minami le salua et dès qu’il eut fermé la porte, elle se laissa tomber sur son lit, au milieu de ses bagages, et laissa vagabonder son esprit…